Avec le groupe Excellence de la FFCAM nous avons décollé le 18 Avril dernier pour l'Alaska. Une expédition particulièrement réussie: Ouverture de l'Arête Nord-Est du Dickey par Patrick Pessi,
Sébastien Ibanez, Mathieu Détrie et Mathieu Maynadier, Répétitions de "Ham and Eggs" et "Shaken not Stired" sur Moose's Tooth et de "Escalator" sur le Mont Johnson pour Christophe Moulin, Laure
Guadin, Julie Gerber, Cécile Chauvin et Aurêlie Lévêque et enfin répétiton du Pilier Sud-Est du Dickey par "Titi" Gentet, Sébastien Ratel, François Delas et moi.
Récit d'une ascension qui restera gravée longtemps dans nos mémoires....
Le Pilier Sud-Est du Dickey.
"Il est preque neuf heures du matin le 1er Mai lorsque nous émergeons Seb et moi. A travers la toile, le soleil rayonne, enfin. Quelques mètres plus loin, installés dans leur tente Titi et
François discutent avec Patrick à la radio; avec les autres (Seb Ib, Mémé et Mat) il est à quelques mètres en aval du Col 747 où nous avons jeté, ivres de fatigue, notre dernier bivouac tôt ce
matin. Bientôt, ils seront là avec nos skis mais aussi du thé, de l'eau et la dernière boite de cookies qu'ils ont eut le courage de ne pas entamer durant les 800 m de déniv' qui s'eparent notre
camp du « 747 Pass ». Je dois avouer qu'en un mois et demi de vie commune je n'ai jamais été aussi content de retrouver leur tronche de cake!
Ce matin, à 1H00 nous sommes sortis du Pilier Sud-Est du Mt Dickey, une voie de 1600 m ouverte en Juillet 1974 par David Roberts, Gallen Rowell et Ed Ward; de
véritables mythes des Seventies à l'image du Grand Jim Bridwell. En 34 ans, leur voie n'a été répétée qu'une seule fois par Steve House, légende vivante de l'alpinsime U.S depuis son incroyable
ouverture en style alpin sur le versant Rupal du Nanga Parbat (avec Vince Anderson), et Jeff Hollenbaugh en Septembre 2003.
Petit retour en arrière.
Le 27 Avril à 4H nous quittons le CB pour le Pilier Sud-Est du Dickey... Une aventure que nous ne sommes pas prêts
d'oublier! C'est notre première expé, première fois que nous grimpons avec Titi et c'est aussi la première fois qu'il encadre les groupes jeunes...Un véritable
dépucelage!
Première longueur et déjà les étriers sont de sortie... 1h00 pour ces 20 mètres d'A1. A ce rythme là il va surêment nous falloir un
certain temps pour gravir les 41 longeurs qui se trouvent au dessus de nos têtes!
Sans topo, nous ne savions pas si nous avions fait le bon choix pour attaquer cette paroi aux allures de Big
Wall. Mais,des reliques de cordes fixes abandonnées ça et là par les ouvreurs ,nous confortent dans notre choix, nous sommes bien dans la voie!
Au dessus ça se couche, mais la neige présente sur les vires rend ces quelques longueurs, faciles en conditons sèches, assez délicates (jusqu'à M5).
François dans la deuxième longueur
En milieu de matinée nous parvenons au pied du premier bastion. La veille, lors de notre repérage nous pensions que ce petit Escalès (150 m) seraient le passage clef de l'ascension. Mais
c'est sans compter sur la hauteur de la face et l'absence totale de repère que nous avons totalement sous estimé les 1400 restants...
4 longueurs sont nécessaires pour franchir ce premier obstacle: un peu de « french free » (comprenez par la le libre à la française: on place un
friend et on se tire dessus...) agrémenté de quelques pas où des protections parfois douteuses placées dans des fissures pleines de mousse nous obligent à libérer les passages...
La deuxième longueur du bastion
En milieu d'aprés midi nous sortons du bastion et grimpons encore quelques longueurs avant de trouver un emplacement de bivouac propice à acceuillir nos deux tentes. Depuis le début de la
soirée, la météo a tourné et les chaussons ont vite été remplacés par les crampons, des engins bien plus adaptés lorsqu'il s'agit de gravir des dalles moutonnées sous la neige!
Dernière longueur du 1er jour, sous le bivouac. Il commence à neiger
Au bivouac nous appellons à la radio les copaines restés au CB, ils annoncent que la neige va cesser et que le reste de la semaine sera sous le signe du soleil... ..!
Le lendemain,sous un soleil radieux, nous progressons dans du terrain mixte un peu moins raide mais toujours soutenu. Le rocher est bon et l'escalade, bien qu'athlétique, est
agréable.
François obligé de poser le sac pour cette fissure large. Au second plan, la face Nord du Dickey
C'était trop beau pour durer...En fin d'aprés midi nous tombons nez à nez avec un obstacle qui n'était pas prévu au programme: une longueur raide en mauvais rocher. Titi se lance, en escalade
artificielle, plaçant les friends et les pitons dans un rocher plus proche du gravier que de la protogine! Une longueur d'A2+ bien délicate où notre leader du moment se fera quelques
frayeurs...Une longueur plus facile nous dépose à plus de 22h sur un superbe emplacement de bivouac.Contact radio avec les autres: ils sont partis dans l'arête Nord-Est mais les difficultés
rencontrées combinées avec la météo qui est en train de tourner au vinaigre les incitent à redescendre. Perchés à 700 m au dessus du glacier, nous passons une nuit agréable malgré les flocons qui
commencent à tomber...
Le deuxième bivouac...
Le 29 au matin on se croirait à la Turbie un jour d'entrée maritime (les connaisseurs apprécieront !). La visibilité est quasi nulle et les averses de
neige se succèdent à intervalles réguliers. Nous reprenons l'ascension mais la neige fraichement tombée va consiérablement corser l'escalade.
Au dessus du second bivouac
Vers midi, nous n'avons progressé que d'une centaine de mètres et les mauvaises surprises se
succèdent: un bastion aussi raide mais plus haut que celui de la veille semble avoir décidé de nous donner du fil à retordre. Seb se tape deux longeurs dures en mauvais rocher puis c'est à mon
tour de grimper. Au dessus du relais, un piton nous nargue. Les étriers sont resortis de la patate et c'est déjà avec pas mal de difficultés que je parviens à atteindre ce vestige des ascensions
précédentes. Puis au dessus, plus rien, lisse comme un c..., impossible de passer!!
A droite du relais, derrière un bloc, une vire se dessine, c'est au bout de celle- ci que se trouve la Clef de la Voie: un anneau de rappel fixé à un spit artisanal datant de l'ouverture indique
le chemin. Un pendule permet de rejoindre un dièdre caché.Je descend mais la neige tombée en abondance m'empêche de rejoindre la vire à la base du dièdre.Finalement Titi me rejoint et c'est en le
pousssant, tous les deux le corps à l'horizontale qu'il parvient à installer un relais correct dans le dièdre.
Il est déjà 21h lorsqu'il repart dans une longueur d'artif où il est obligé de nettoyer les bouchons de neige qui se sont formés ça et là... Au relais, c'est
l'enfer!! A 22h, Titi parvient au relais et redescend sans avoir trouvé d'emplacement de bivouac... Nous décidons de fixer nos cordes sur les 4 dernières longueurs et redescendre bivouaquer plus
bas.
Seb remonte les
cordes fixées la veille. Ici la longueur du pendule.
A 1h du matin nous nous blotissons enfin dans nos duvets...
La journée qui se termine a été très éprouvante aussi bien physiquement que psychologiquement. Sur notre nid d'aigle en pleine tempête la tension est très
forte...Que doit-on faire si le mauvais temps persiste? Monter? Descendre? Aurons-nous assez de matériel pour organiser une retraite?
Ca commence à sentir le sapin...
Le 30, le soleil pointe le bout de son nez...Yes! A 10h, Seb repart au dessus de la dernière longueur fixée la veille...30 m qui lui prendront prés de 4h30! Une bagarre de rue ou se mêlent artif,
mixte et bouchons de neige.
Seb dans le crux du dernier jour. A droite on distingue le pilier Tomas Gross
Une dernière longueur raide du style 5+/A1 nous dépose enfin dans du terrain moins raide. Deux longueurs délicates plus haut et nous
prenons enfin pied sur la vire de sortie. Il est près de minuit et la neige se remet à tomber. Au dessus, 300 m de neige vont nous permettre de rejoindre facilement le sommet.
Titi au sommet
1h00 du matin le 1er Mai: nous débouchons en plein vent sur l'arête sommitale à une trentaine de mètres du sommet.Trop crevés pour manifesternotre joie nous nous accordons une longue pause pour
se réhydrater et ce n'est qu'à 3h00 que nous plongeons dans la face Ouest, une sorte de voie normale du Tacul. De nuit nous avons du mal à nous repérer. Nous sommes ivres de fatigue, on s'endort
en marchant et n'importe quelle remontée nous demande une énergie folle!
A 5h00 nous parvenons enfin au col, l'aiguille a fait le tour du cadran. Nous sommes assoifés et vraiment crevés.
Dernier effort pour monter la tente et la tension retombe. Fini le rocher pourri, les bouchons de neige, les pitons branlants et relais pendus... Nous avons juste à fermer les yeux, dormir
et attendre d'avoir trop chaud pour sortir du duvet!
Demain nous rentrerons au camp de base sous un soleil de plomb, un oasis tant convoité pour les 4 alpinistes affamés et assoifés que nous sommes...Notre prochain objectif: l'Alaskan
Amber* du Fairview Inn de Talkeetna!"
*Rien de tel pour se réhydrater!!
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