
La Face Nord des Jorasses et des Droites au lever du soleil
Gravir une voie dans la face Nord des Grandes Jorasses n’a rien d’anodin. C’est ici que certaines des pages les plus marquantes de notre Alpinisme ont été écrites….
J’ai toujours beaucoup aimé l’histoire de l’alpinisme ! Et en arrivant au pied de la célèbre face Nord j’avais un peu l’impression de me retrouver à l’entrée du musée Grévin ! De gauche à droite,
chaque voie a une histoire : L’Ascension du Linceul par Desmaison et Flematti radiodiffusée en direct tous les matins sur RTL en 1968, l’agonie de Serge Gousseault à 80 m du sommet de la Walker
après avoir « presque » gravi la désormais célèbre Gousseault-Desmaison, en 1971, l’éperon Walker magistralement réussi en 1938 par Riccardo Cassin à la barbe de tous les cadors de l ‘époque, La
Directe de l’Amitié à la pointe Whymper ouverte en 25 jours et en hiver par une forte équipe menée par Yannick Seigneur, les 14 jours d’ascension hivernale et solitaire de Lionel Daudet dans
Eldorado durant sa tentative d’enchaînement des directissimes sur les trois derniers problèmes des Alpes…… J’en passe et des meilleurs !

Basile dans la première longueur dure (M6)
Réveil 3H30. Départ 4H30 et déjà première erreur ! Je le savais bien mais je me suis fait avoir encore une fois… Dans une pente de neige, il ne faut JAMAIS laisser un Ferran passer en tête sous
peine de voir son cœur sortir de sa poitrine ! A ce rythme là les 350 m de pente sont vite avalés et c’est au levé du jour que nous atteignons les premières longueurs techniques.
La deuxième longueur est déjà dure.. Ca promet pour la suite ! Un bon M5+/6 ou l’expérience de notre leader en dry tooling le sauvera d’une chute quasi certaine ! Au passage, deux anglais partis
pour la « Bonatti-Vaucher » nous ont rejoint. Leur accent conjugué au manque de glace dans ces premières longueurs nous donne l’impression de grimper au Ben Nevis…

No siesta se faufile juste à gauche du bouclier de l'eperon Croz. Un peu plus à gauche, on distingue un grimpeur dans la Bonatrti-Vaucher
Quelques passages de mixte plus roulants nous mènent en milieu de l’après midi au pied de la longueur clef de ce premier jour (et peut être même de la voie entière !) : M5/A2/90° !.
Patrick s’en charge et au bout d’un petit moment parvient enfin à notre premier bivouac. Mais entre temps, alors que je déséquipe, Basile a la bonne idée de faire tomber son marteau piolet…Il
semblerait que l’histoire se répète: C’est dans cette même longueur, lors de la troisième ascension de la voie que Yannick Grazziani accompagné de Stéphane Benoist avait pris un vol de 20 m et
perdu un piolet !
Premier bivouac dans les Jorasses : c’est le baptême du feu ! Une pauvre marche taillée dans la glace, juste de quoi poser nos six fesses ! On n’est plus allongés, on rigole un peu moins et
Patrick n’a déjà plus de blagues…
Patrick dans l'artif du deuxième jour
Lundi 8 septembre. Grand beau. En guise de petit déjeuner, un magnifique placage attend Basile. 60 m de bonheur à 85/90° sur de la bonne glace. De mon coté, c’est moins fun, avec un seul piolet et
c’est à grand renfort de jumard que je parviens au relais (j’étais pas loin de me mettre à parler russe !).
Une longueur moins raide nous mène au pied du bastion. On brésaille, on se trompe, à droite à gauche ? Le topo est merdique et ne correspond pas à la réalité du terrain. C’est finalement grâce à
Patrice et au téléphone portable que l’on parviendra à se sortir de ce labyrinthe ! 12H00 pour 7 longueurs, beaucoup de 5+/A1, très peu de libre. On se pose enfin au bivouac à 18H30 !
Basile dans le mixte du troisième jour
La nuit est calme jusqu à ce que le vent se lève…Ca devient glauque et on ne rigole plus du tout !
Mardi 9 septembre. Grand beau et grand vent. Si tout va bien, aujourd’hui on sort ! Etant donné que Patrick a assumé seul toute la journée d’hier, aujourd’hui on a décidé de l’épargner : avec
Basile nous nous partagerons les 10 longueurs restantes.
Beaucoup de mixte soutenu (M5/5+/6a) nous mène à la MAGNIFIQUE goulotte terminale. Trois longueurs de 60 m en glace « spéciales mollets » nous déposent en fin d’après midi au pied de la dernière
longueur, un beau dièdre en 5.
La goulotte terminale
18H30 Sommet. Indescriptible sensation que de retrouver le soleil après trois jours passés dans l’ombre. Plus envie de bouger, besoin de se poser et de souffler un peu. Mais la descente est
encore longue. Nous y laisserons d’ailleurs nos deux brins de cordes, coincés dans le dernier rappel de la pointe Croz. Il est 23H00 m’a frontale a rendu l’âme, je me casse la gueule tous les
deux mètres entre les crevasses géantes et on est explosés. Un quatrième bivouac nous tend les bras sur les rochers du reposoir à 1h00 du refuge…Mais c’est pas très grave, on s’allonge, on rigole
et Patrick a de nouvelles blagues.

Basile au réveil sur les rochers du Reposoir....
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